Les enfants volés d’Angleterre…

Le 15 novembre dernier était diffusé sur France 5, le reportage « Les enfants volés d’Angleterre » dans l’émission Le Monde en face. À la fin de ce reportage, j’ai eu envie d’en parler sur ce blog, mais il m’a fallu du temps pour comprendre, digérer, et pouvoir parler, de ce que ce reportage avait montré, dénoncé….

De quoi ça parle?

Au Royaume-Uni, les services sociaux sont financièrement encouragés à retirer leurs enfants à des parents soupçonnés de maltraitance ou jugés à l’avance incapables d’assumer leur rôle, à l’instar des mères célibataires ou des couples désargentés. Proposés à l’adoption, ces enfants ne retrouveront jamais leur famille. En 2015, 7 740 enfants étaient en attente d’adoption par des couples, aux revenus aisés, qui peuvent dresser en ligne leur profil idéal de recherche. La loi impose le silence aux parents et aux journalistes qui ne peuvent raconter leur drame sous peine de condamnations judiciaires. Marina Carrère d’Encausse ouvre le débat sur cette loi lourde de conséquences, dans cette émission. Instituée en 1989 à l’initiative du très libéral gouvernement Thatcher le Children Act donne le droit aux services de protection de l’enfance du Royaume-Uni de retirer des enfants à leurs familles sur de simples soupçons de maltraitance, présente ou à venir.

Les témoignages entendus dans ce documentaire sont à peine croyables, on a peine à imaginer que ces enlèvements d’enfants soient légaux, et aient lieu juste là, de l’autre côté de la Manche…À quelques heures de train de chez nous. Dans un pays qui a intégré l’Union européenne et ses valeurs relatives aux droits de l’Homme
Des parents perdent leur enfant après une dépression, une période de chômage, un nez un peu trop rouge… Un système où se combinent dangereusement l’absurdité d’une loi, qui fait du soupçon de maltraitance une raison suffisante pour retirer un enfant à ses parents, une logique de quotas d’adoption imposés par l’État aux autorités en charge de la protection de l’enfance, et la faiblesse d’une justice qui laisse les pleins pouvoirs aux services sociaux.

MARINA CARRERE D'ENCAUSSE

En France, malgré les reproches que nous pouvons faire à notre système social, nous pouvons nous vanter d’avoir des travailleurs sociaux qui sont là pour épauler, soutenir, aider, éduquer les parents qui en ont besoin. La majorité de ces professionnels sont là pour apporter des bases solides à ces familles que la vie a fragilisées, pas pour finir de les détruire. De l’autre côté de la Manche, loin de chercher à épauler ces familles fragilisées par les épreuves de la vie, les services sociaux les condamnent de la pire des façons qui soit.
En Angleterre, le risque d’une supposée future maltraitance suffit. Pas besoin d’antécédent, de preuve ou d’enquête judiciaire. En quelques mois, les parents perdent tous leurs droits et voient leur progéniture partir à l’adoption. Certaines femmes reçoivent pendant leur grossesse une lettre pour leur indiquer que leurs enfants leur seront retirés, elles rentreront les bras vides de la maternité….Une centaine de femmes par an quitte l’Angleterre pour se rendre en France, ou ailleurs en Europe, pour pouvoir accoucher et avoir le seul espoir d’être une mère.
Les services sociaux ciblent en priorité les personnes faibles, soit par le biais de leurs antécédents médicaux (dépression, anxiété, troubles nerveux…), aux petits revenus, leur histoire de vie (eux même abandonnés, aux parents séparés)…Des personnes que la vie n’a pas gâtées, et qui n’auront pas les moyens (financiers ou psychologiques) pour entamer un combat judiciaire. Selon le gouvernement de Margaret Thatcher (gouvernement à l’origine du Children Act), l’accompagnement des plus faibles n’est pas une solution…Selon moi, l’Angleterre a abandonné ses « faibles » pour les transformer en suspect.

w_ficheD’ailleurs puisqu’on parle de justice, dans le reportage de France Télévision, on nous présente l’histoire d’un couple, avec 2 enfants. Le cadet présente régulièrement un ou deux bleus sur le corps, que les parents ne sont pas en mesure d’expliquer. La fratrie est rapidement enlevée aux parents…les parents entament une procédure judiciaire, et arrivent à prouver que leur 2ème fils est porteur de la même maladie génétique que sa mère, une anomalie de coagulation pouvant notamment provoquer l’apparition de bleus. Après une longue bataille, la justice rendra sa décision : les parents sont jugés non-coupable de violence physique…Mais le travail de la justice s’arrêtera là. L’adoption plénière de leurs 2 enfants a déjà eu lieu, ils n’ont aucun moyen de récupérer leurs enfants, ni même un droit de visite. Ils ont réparé leur ego, ont récupéré leur réputation, ont réclamé justice et l’ont obtenu…mais on perdu le plus important : leurs 2 enfants.
Certains parents adoptants prennent conscience de l’abus de pouvoir que représente leur adoption, et la loi qui a permis celle-ci…Ils prennent alors contact avec les parents biologiques de l’enfant, afin de permettre des rencontres, des échanges, pour le bien de l’enfant…Il est malheureusement de mauvais ton d’organiser ce genre de choses ; si les services sociaux anglais en ont connaissance, les parents adoptants se voient alors eux aussi retirer la garde des enfants…Des enfants arrachés une nouvelle fois à leur foyer, leur famille, leur amis…Tout ça pour une poignée de bien pensants, et quelques livres
En effet, le « Children act », loi instituée par le gouvernement Thatcher en 1989, a été renforcé, depuis le début des années 2000,  par un implacable souci de « rentabilité », qui impose une glaçante logique de quotas, fixant le nombre d’enlèvements et de propositions d’enfants à l’adoption. Des sanctions financières s’appliquent aux comtés qui ne respectent pas ces quotas. Les adoptions sont gérées par des entreprises privées, bien loin de la considération de l’humain, prêt à vendre un enfant, une fratrie, sur catalogue, sur un site internet…comme vous trouvez votre baguette sur votre drive…

On peut se poser la question de savoir pourquoi on ne parle pas de ce sujet, pourquoi on découvre, en 2016, ce qui se passe si proche de nos frontières. Les couples reçoivent l’ordre de ne plus jamais évoquer leurs enfants, et ce jusqu’à leur prénoms, sous peine de poursuites judiciaires. Les mêmes condamnations menacent les journalistes.

Mon avis ?

Depuis qu’on a vu ce reportage avec mon mari, on s’est régulièrement fait la réflexion « Heureusement que nous ne sommes pas Anglais »….Une pipette de sérum phy griffe rapidement le petit nez d’un bébé, qui a tout, sauf envie d’être mouché. Une chute est vite arrivée (et la bosse ou le bleu qui l’accompagne aussi!) quand on apprend à marcher. Un bébé qui pleure parce que le repas n’arrive pas assez vite, parce que c’était trop chaud, parce qu’il est fatigué, parce qu’il est contrarié, c’est tous les jours dans cette maison…
Est-ce que ça fait de nous de mauvais parents ? Est-ce qu’une fin de mois un peu difficile fait de nous de mauvais parents? Est-ce qu’une jeune mère célibataire sera forcément une mauvaise mère, juste parce qu’elle est célibataire, et jeune? Est-ce que par ce que notre sœur s’est suicidée, on risque nous aussi de se suicider et donc de laisser un enfant? Est-ce qu’on peut juger notre capacité à être un bon parent, sur l’enfance qu’on a vécue, sur nos blessures de vie…tout ça, sans enquête.
On connaissait l’histoire des enfants volés sous la dictature argentine ou dans l’Espagne de Franco. Ou encore à « Bienvenue à Gattaca » ou « 1984 ». Mais ces « Enfants volés » n’ont malheureusement rien d’un film de science-fiction…Ces histoires se passent maintenant, au XXIème siècle, dans un pays développé.

Mon cœur de maman a été touché, mon cœur d’enfant aussi….Ce reportage vous retourne, vous chamboule…Comment des parents innocents, peuvent perdre le droit de connaître, d’élever leurs enfants, au nom d’une probabilité, d’une anticipation…On transforme des innocents en coupable, sans procès.

Et l’amour dans tout ça?

Si vous avez raté ce reportage, regardez-le en replay sur FranceTVPluzz !


Source :
Reportage « Les enfants volés d’Angleterre »
Télérama
Nouvel observateur
La Maison des Maternelles Ouest France
LCI
Huffington Post
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7 commentaires sur « Les enfants volés d’Angleterre… »

  1. Franchement, pour vivre la bas, et travailler avec les services sociaux, j’ai jamais vu de cas comme ca… j’imagine que le trait est force pour vendre du sensationel, parce que des enfants qui ne devraient pas etre dans leurs familles, qui ont ete signales, et qui sont toujours avec leurs parents, j’en connais a la pelle… les services sociaux manquent cruellement de moyens, donc ils se reservent pour les cas extremes, pas des cas de bleus inexpliques…

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    1. Je ne sais pas quoi penser…Tu as eu l’occasion de le regarder ce reportage? A la suite du reportage il y avait un plateau avec des avocats spécialisés dans ce genre d’affaire, et ils avaient l’air de dire que ça représentait une centaine de cas par an, alors probablement qu’au ratio du nombre de cas traité par an ce n’est pas tant que ça…mais ça fait quand même froid dans le dos..

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  2. J’ai vu la bande annonce et j’ai eu envie de le voir. Mais la soirée s’est déroulée autrement.
    Je me méfie beaucoup des reportages télévisés, est ce qu’il y avait un droit de réponse de la part des travailleurs sociaux ou représentants du gouvernement ?
    la bande annonce m’a glacée, je pense qu’il me faudra m’armer pour le regarder.

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