Je n’ai pas oublié…la prématurité.

Je n’ai rien oublié de ce que je vous chuchotais quand on était encore à l’hôpital, tous les 3…

Je n’ai pas oublié ces longues heures de peau à peau, ces comptines à travers la couveuse, et ses heures à vous expliquer ce qu’on fera à la maison, une fois qu’on sera rentrés, tous les 4… Je n’ai pas oublié les promesses que je vous chuchotais à l’oreille, vous priant de vous accrocher à la vie…Vous garantissant que ça en valait la peine, que la vie était belle, et qu’on serait là pour faire en sorte qu’elle le soit…

Je n’ai pas oublié ce qu’on imaginait avec votre papa, votre petit corps fragile entre nos mains…À la manière d’Aznavour, on vous voyait déjà en haut de l’affiche…On vous imaginait tennismen professionnels, un double mixte au sommet ! On vous imaginait maçon, garagiste, plombier, infirmier ou médecin…On vous rêvait épanouies, heureux, forts et surtout en bonne santé…

Je n’ai pas oublié ces mots glissés derrière les parois froides des couveuses…je vous chuchotais que j’étais là, que j’étais votre maman, celle que vous entendiez dans mon ventre, que j’étais là, que je suis là, et que je serai là pour vous….

Je n’ai pas oublié mes milliers d’excuses de vous faire vivre tout ça…Je n’ai pas oublié les centaines d’explications, les fois où je vous disais combien j’aurais aimé vous garder en moi, vous protéger, pour que vous ne connaissiez pas tout ça…

Je n’ai pas oublié comment je vous disais mon amour…


Être une maman de prématurité, c’est commencer bien étrangement la vie de mère…

Tout est plus fort…L’amour, l’angoisse…

C’est découvrir un monde parallèle, dont personne ne nous a jamais parlé…
C’est découvrir des noms de machines, de tuyaux, de médicaments, de soins, d’examens…
C’est découvrir des sons, des alertes…
C’est découvrir des femmes, des hommes, qui ont décidé d’aider ces petits bébés plumes, et de soutenir leurs parents, leurs familles…
C’est se faire déchirer le corps, le ventre, le cœur, pour sauver notre vie, ou celle de nos enfants, ou les deux…Puis se retrouver là, le ventre vide, les bras tout aussi vides, le cœur plein d’émotion.
C’est apprendre à vivre au jour le jour, à la minute, la victoire du jour peut être la défaite de demain…C’est s’accrocher au moindre espoir, mais se retenir à rien…
C’est découvrir son enfant pour la première fois, plusieurs dizaines d’heures après la naissance, derrière une paroi en plastique…Sans vraiment oser le toucher, trop petit, vraiment trop petit…
C’est mettre une blouse, un masque, une charlotte…se laver les mains au savon, à la solution hydro-alcoolique ensuite, avant de pouvoir enfin toucher notre enfant…
C’est finir par apprécier l’odeur de ce service, de cette solution, de ces antiseptiques, parce qu’on l’associe à celle de nos enfants, au bonheur de les tenir dans nos bras….
C’est mettre son réveil pour ne pas oublier de tirer notre lait, toutes les 3heures pour stimuler la lactation…la nuit aussi.

C’est parler seule, à travers une couveuse…espérer qu’ils entendent, qu’ils seront rassurés, que les mots qu’on dise soient les bons, qu’ils sentiront notre présence, notre amour, assez pour se battre pour rester parmi nous….

C’est vivre dans le déni, ne pas penser au pire, ne pas l’imaginer…Se persuader que ça ne nous arrivera pas…

C’est aimer, plus que de raison. C’est devenir mère, avant tout.

Je n’ai rien oublié de la prématurité, de la néonatalogie…surtout pas le bon, malheureusement le mauvais non plus. J’ai appris à vivre avec cette douleur, cette cicatrice à peine refermée. J’ai appris à me tourner vers l’avenir, même si le passé parfois nous rattrape. J’ai appris que la vie nous réservait des surprises.

J’ai appris ce que signifiait vraiment le mot angoisse.
J’ai appris ce que signifiait vraiment le mot amour.


 

Pour rappel :

L’association PréMayotte, que j’ai monté pour aider le service de néonatalogie de Mayotte a toujours besoin de vous !
Vous pouvez continuer de nous envoyer les bodys et pyjama en taille préma, des produits pour le bain des bébés, des sorties de bain…
Vous pouvez faire un don sur la cagnotte  en ligne!
Vous pouvez partager nos actions, et les suivre sur la page Facebook !

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6 commentaires sur « Je n’ai pas oublié…la prématurité. »

  1. Votre texte est si beau et si vrai…Je n’ai pas oublié non plus…Les larmes me viennent encore quelques fois la nuit, j’entends encore les bruits des cpap, des moniteurs…Je me lève voir mes filles et leurs respirations me rassurent…Cela va faire 7 mois qu’elles sont rentrées (elles en ont 9) et tout est encore si frais dans ma tête !

    Aimé par 1 personne

    1. Les miens ont 15 mois, l’inquiétude de la respiration a laissé place a d’autres…Les voir grandir, a la maison, est le plus beau des cadeaux…
      Merci pour votre gentil compliment. Courage a vous pour la suite , le plus beau reste à venir…

      J'aime

      1. Mais non, ne sois pas désolée, c’est derrière nous mais ça restera gravé, c’est certain. Mon petit koala est rentré avec nous hier, il est en pleine forme et galope !

        Aimé par 1 personne

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