Je n’ai pas applaudi…

Ni hier, ni avant-hier, ni les autres jours…Je n’applaudirai pas, ni ce soir, ni demain, ni aucun autre jour.
Il est évident que ceux qui aujourd’hui vont travailler méritent tout notre respect, tout nos encouragements, et toute notre admiration, mais pourquoi aujourd’hui? Parce qu’on a peur? Parce qu’on a besoin d’eux? Parce qu’ils sont visibles.
Où étions nous quand ils manifestaient il y a plusieurs mois dans les rues de nos villes? Où étions nous quand les urgences faisaient grèves depuis plusieurs mois?
On ne peut pas dire qu’on ne savait pas. On ne peut pas se cacher derrière ça.

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Je n’applaudirais pas, parce que le sentiment qui m’habite le plus en ce moment, n’est pas l’admiration, mais la rage.
J’ai la rage que les gouvernements successifs n’ont jamais pris le temps d’écouter les médecins, les infirmiers, les aides soignants, les ASH.
J’ai la rage que les patients aient perdus, chaque jour un peu plus, la patience qu’ils leur devaient.
J’ai la rage que chaque promesse pour notre système de santé, n’ai été qu’une manière de plus de le piétiner.

Je n’ai pas envie d’applaudir, j’ai envie d’hurler. D’hurler sur les politiciens qui ont décidé de les arroser de lacrymo quand ils dénoncaient leur condition de travail. D’hurler sur les gens qui ont stockés des masques, des gants, du gel hydro-alcoolique il y a plusieurs semaines, laissant nos soignants sans matériels de première nécessité. D’hurler sur tous ceux qui ont négligé leur conditions de travail, qui ont archivés leurs courriers, leurs pétitions, nos signatures, parce que l’hôpital se devait de remplir un devoir de rentabilité.

Je n’ai pas envie d’applaudir, j’ai envie d’hurler la violence du traitement de nos soignants aux visages de ceux qui les applaudissent aujourd’hui.
J’ai envie de rappeler à ceux qui critiquaient les délais aux urgences, à quel point ils leur ont manqué de respect.

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Je n’ai pas envie d’applaudir, parce que j’ai peur. Peur pour tous les soignants que je connais.
Je n’ai pas envie d’applaudir leur sens du sacrifice. Je n’ai pas envie d’applaudir le fait qu’ils se mettent en danger pour sauver des vies. Je n’ai pas envie d’applaudir le fait qu’ils oublient leur propre sécurité pour celle des autres. Je n’ai pas envie d’applaudir cette situation, qui est des plus déplorables.
Je ne suis que rage, colère et haine, pour tout ceux qui ont tant méprisés cette santé qu’on croyait infaillible dans un pays développé.
Je ne suis que rage pour tout ceux qui les ont oubliés, méprisés, décriés, et ceux qui continuent, en leur demandant de rester loin de chez eux, de ne pas garer leur voiture dans la résidence, ou d’aller promener leur chien ailleurs. Je ne suis que haine pour ceux qui les insultent le reste de l’année, pour ceux qui méprisent leur temps de travail, bien installé dans leur 35 heures.

 Une infirmière
Article Le Parisien

Les soignants, le personnel de la grande distribution, les militaires, policiers et tous ceux qui continuent de travailler, ne sont pas des héros, ils sont des oubliés.
Ils ne sont pas des héros, personne ne viendra les sauver quand c’est eux qui souffriront.
Ils ne sont pas des héros, personne ne les acclamera quand ils laisseront leur vie.
Ils ne sont pas des héros, ils ne sortiront pas indemne de ce combat.
Ils ne sont pas des héros, ils sont faillibles.
Ils ne sont pas des héros, ils sont humains. Ils ont peur, pour eux, pour leur famille, leurs amis.
Ils ne veulent pas des applaudissements, ils veulent des masques, des gants, des moyens humains, et matériels, pour leur permettre de faire leur travail dans des conditions décentes. Ils veulent juste pouvoir assurer notre sécurité, sans oublier la leur.
Et le plus drôle dans tout ça, c’est que s’ils avaient les moyens de faire leur travail sans bricoler du matériel avec des masques Decathlon, est ce qu’on les applaudirait? Aurait-ils été érigé en héros s’ils avaient eu les moyens nécessaire pour faire face à cette crise?

Alors dans quelques mois, je n’aurais pas applaudis, mais je saurais m’en souvenir au moment où ils auront besoin de nos voix pour hurler dans les rues. Je saurais m’en souvenir quand je voterai. Alors, je sortirai à 20h, dès que ça sera pour huer celles et ceux qui ont contribués à faire que nous en soyons là, parce qu’héroïser des gens qu’on a si longtemps humilier, me parait dérisoire…
Mais surtout, je saurais m’en souvenir quand je les rencontrerai, je les remercierai, je patienterai, sans violence, comme je l’ai toujours fait. Parce que j’ai toujours su que la caissière, l’ASH, l’instituteur, le gendarme, ou le médecin, était avant tout un être humain, et que comme tous, méritait le respect. Hier, aujourd’hui et demain.

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2 commentaires sur « Je n’ai pas applaudi… »

  1. Pareil. Pire quand j’entends l’autre connard parler de héro en blouse blanche, j’ai la gerbe. J’ai réussi à manifester avec eux à 2 reprises l’année dernière et aujourd’hui voir toute cette hypocrisie. Mon côté pessimiste me dit qu’après tout ça l’autre enc. et ses sbires finiront d’achever le service public. Mais comme ils diront à la télé le contraire de ce qu’ils font bah les gens continueront d’applaudir des deux mains.

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