Pour une poignée de cellules…

À toi, toi cette femme qui a pleuré de joie a la vue de ce 2ème trait sur cette tige…et encore devant ces chiffres sur le résultat du labo…
À toi, qui imaginait déjà ces joues rebondies, le son de son rire, et la couleur de ses yeux…
À toi, qui avait déjà réfléchi à la couleur de la chambre…
À toi, qui avait déjà des idées de prénom…
À toi, qui imaginait déjà cette vie de parents, ce bonheur supplémentaire…
À toi, qui avait déjà annoncé la grande nouvelle aux amis, à la famille…à ceux qui comptent…
À toi, pour qui tout a basculé…À toi qui a perdu ce bébé qui avait quelques jours, semaines ou mois de vie au creux de ton ventre…
À toi, qui n’a jamais pu voir ce bébé que tu avais imaginé…
À toi, qui a du effacer ces rêves de poussette, de pyjama et de body en quelques secondes…
À toi, j’ai envie de dire que tu as le droit de pleurer cet enfant. Dans ton cœur de parents, ce n’est pas « qu’un » fœtus, c’était ton enfant, comme ceux que tu as déjà, comme ceux que la vie t’offrira.
À toi, j’ai envie de dire que sans l’avoir vécuE, j’imagine ta douleur, ta peine…ce sentiment d’injustice qui doit t’envahir…
À toi, j’aimerais te dire que tu as le droit de penser à cet être que tu as aimé à l’instant même ou tu as su qu’il existait…
À toi, j’aimerais te dire que tu as le droit de ne pas trouver que la nature est bien faite, mais qu’elle est simplement injuste, douloureuse….
À toi, j’aimerais pouvoir sécher tes larmes, te donner l’espoir, guérir la plaie de ton cœur…
À toi, j’ai envie de te dire de te laisser le temps, le temps de vivre un deuil. Le temps de te réconcilier avec ce corps, qui t’as trahi…
À toi, j’ai envie de t’aider à porter le poids de la culpabilité, pour qu’elle soit moins lourde…Mais surtout pour te laisser le temps de comprendre que tu n’y es pour rien…
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Les fausses couches représentent environ 20 000 grossesses par an, au delà des douleurs physiques, la douleur psychologique est la plus importante.

Il est important de laisser aux parents qui ont vécus la fin d’une grossesse, le temps, la possibilité d’en parler.

Je n’ai pas oublié…la prématurité.

Je n’ai rien oublié de ce que je vous chuchotais quand on était encore à l’hôpital, tous les 3…

Je n’ai pas oublié ces longues heures de peau à peau, ces comptines à travers la couveuse, et ses heures à vous expliquer ce qu’on fera à la maison, une fois qu’on sera rentrés, tous les 4… Je n’ai pas oublié les promesses que je vous chuchotais à l’oreille, vous priant de vous accrocher à la vie…Vous garantissant que ça en valait la peine, que la vie était belle, et qu’on serait là pour faire en sorte qu’elle le soit…

Je n’ai pas oublié ce qu’on imaginait avec votre papa, votre petit corps fragile entre nos mains…À la manière d’Aznavour, on vous voyait déjà en haut de l’affiche…On vous imaginait tennismen professionnels, un double mixte au sommet ! On vous imaginait maçon, garagiste, plombier, infirmier ou médecin…On vous rêvait épanouies, heureux, forts et surtout en bonne santé…

Je n’ai pas oublié ces mots glissés derrière les parois froides des couveuses…je vous chuchotais que j’étais là, que j’étais votre maman, celle que vous entendiez dans mon ventre, que j’étais là, que je suis là, et que je serai là pour vous….

Je n’ai pas oublié mes milliers d’excuses de vous faire vivre tout ça…Je n’ai pas oublié les centaines d’explications, les fois où je vous disais combien j’aurais aimé vous garder en moi, vous protéger, pour que vous ne connaissiez pas tout ça…

Je n’ai pas oublié comment je vous disais mon amour…


Être une maman de prématurité, c’est commencer bien étrangement la vie de mère…

Tout est plus fort…L’amour, l’angoisse…

C’est découvrir un monde parallèle, dont personne ne nous a jamais parlé…
C’est découvrir des noms de machines, de tuyaux, de médicaments, de soins, d’examens…
C’est découvrir des sons, des alertes…
C’est découvrir des femmes, des hommes, qui ont décidé d’aider ces petits bébés plumes, et de soutenir leurs parents, leurs familles…
C’est se faire déchirer le corps, le ventre, le cœur, pour sauver notre vie, ou celle de nos enfants, ou les deux…Puis se retrouver là, le ventre vide, les bras tout aussi vides, le cœur plein d’émotion.
C’est apprendre à vivre au jour le jour, à la minute, la victoire du jour peut être la défaite de demain…C’est s’accrocher au moindre espoir, mais se retenir à rien…
C’est découvrir son enfant pour la première fois, plusieurs dizaines d’heures après la naissance, derrière une paroi en plastique…Sans vraiment oser le toucher, trop petit, vraiment trop petit…
C’est mettre une blouse, un masque, une charlotte…se laver les mains au savon, à la solution hydro-alcoolique ensuite, avant de pouvoir enfin toucher notre enfant…
C’est finir par apprécier l’odeur de ce service, de cette solution, de ces antiseptiques, parce qu’on l’associe à celle de nos enfants, au bonheur de les tenir dans nos bras….
C’est mettre son réveil pour ne pas oublier de tirer notre lait, toutes les 3heures pour stimuler la lactation…la nuit aussi.

C’est parler seule, à travers une couveuse…espérer qu’ils entendent, qu’ils seront rassurés, que les mots qu’on dise soient les bons, qu’ils sentiront notre présence, notre amour, assez pour se battre pour rester parmi nous….

C’est vivre dans le déni, ne pas penser au pire, ne pas l’imaginer…Se persuader que ça ne nous arrivera pas…

C’est aimer, plus que de raison. C’est devenir mère, avant tout.

Je n’ai rien oublié de la prématurité, de la néonatalogie…surtout pas le bon, malheureusement le mauvais non plus. J’ai appris à vivre avec cette douleur, cette cicatrice à peine refermée. J’ai appris à me tourner vers l’avenir, même si le passé parfois nous rattrape. J’ai appris que la vie nous réservait des surprises.

J’ai appris ce que signifiait vraiment le mot angoisse.
J’ai appris ce que signifiait vraiment le mot amour.


 

Pour rappel :

L’association PréMayotte, que j’ai monté pour aider le service de néonatalogie de Mayotte a toujours besoin de vous !
Vous pouvez continuer de nous envoyer les bodys et pyjama en taille préma, des produits pour le bain des bébés, des sorties de bain…
Vous pouvez faire un don sur la cagnotte  en ligne!
Vous pouvez partager nos actions, et les suivre sur la page Facebook !

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Quand je me sens mère…

Quand tu t’endors juste là, contre mon cœur, comme à tes premiers jours…

Quand ton corps devient lourd, que ta tête s’abandonne, que ton souffle s’apaise, et que tes pleurs s’arrêtent…

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Parents de jumeaux, et alors?

Il y a a quelques jours on m’a posé une sacrée question…Être parents de jumeaux ça change quoi? C’est plus difficile? Plus fatiguant?

Je n’ai pas vraiment su quoi répondre, parce que je ne sais pas ce que c’est que d’être mère d’un seul enfant…

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1La maison de mon enfance…

Quand je pense à la maison où j’ai grandi je revois des fenêtres embuées par la chaleur humaine…des éclats de rires et des bonhomme de neige.

Je vois des enfants qui rigolent, qui se disputent, qui crient, qui jouent. Je vois une balançoire « qui-va-haut », une salle de jeux, à histoires et des poupées sages. Je vois des heures de dînettes, de maîtresse et d’élèves polissons. Je vois des nounours aux ventres usés par les câlins de ses jeunes propriétaires. Je vois des pleurs, des disputes, des cris, des parties de monopoly et de bonne paye avortées parce qu’il-triche-tout-le-temps-maman!

Je vois de l’amour, des câlins par centaine, des milliers de bisous.

Je vois des roses fleuries, des tulipes en bouton, des bouquets de violettes, de pissenlits et de pâquerettes pour-toi-maman…

Je vois des heures de pâtisserie, de gâteaux qui cuit, d’odeur de chocolat. De maman-je-peux-casser-les-œufs? Et de petites bouderies parce-que-d’abord-c’est-tout-le-temps-lui-qui-verse-le-sucre…

Je vois l’amour de la lecture, des petits ours Brun, Popi, et Martine. Je vois des dragons qui crachent du feu, des princesses à sauver, et des rêves à réaliser. Je vois des allez-papa-encore-un-peu-la-lumière, mais-j’ai-pas-fini-mon-chapitre!

Je vois des photos, des instants capturés, comme pour immortaliser le bonheur du moment. Je vois des serrez-vous-pour-que-tout-le-monde-tienne!

Je vois des découvertes, de l’apprentissage. Je vois des larmes, des colères, de l’injustice. Je vois le soutien, l’amour, le bonheur, la joie, le partage, la famille, la tendresse. Je vois tout ce qui construit un enfant. Je vois l’enfant que j’étais, l’adulte que je suis devenue, et cette petite fille que je suis encore un peu…

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L’important dans une maison ce n’est pas la couleur des murs, ou la taille des pièces, mais ce que nous allons vivre dedans.

 

 

 

Ce que j’aurais aimé qu’on me dise (2/2)

Il y a quelques jours j’écrivais ce premier article…sur ce que j’aurais aimé qu’on me dise il y a quelques mois en arrière, sur le début d’une vie de mère, d’une vie de famille. Sur ces premiers mois à la maison avec nos touts petits…

Mais il y a tellement d’autres choses que j’aurais aimé qu’on me dise…

J’aurais aimé savoir combien j’allais les aimer. J’aurais aimé qu’on m’explique comme j’allais être transformée, chamboulée, perturbée par autant d’amour. J’aurais aimé qu’on me dise que l’amour d’une mère pour ses enfants, est un amour différent, bien plus fort, bien plus profond, plus viscéral que les autres types d’amour. J’aurais aimé qu’on me dise combien c’est fort, comme c’est beau, comme c’est irremplaçable, comme c’est magique.

J’aurais aimé savoir comme j’allais être fière d’eux. J’aurais aimé qu’on m’explique qu’à chacune de leur découverte, de leur apprentissage mon cœur déborderai de fierté. J’aurais aimé qu’on m’explique comme la maternité rend vaniteux, et comme c’est bon de l’être ! J’aurais aimé qu’on m’explique que j’allais vouloir appeler la Terre entière pour leur hurler comme mes enfants sont beaux, intelligents, drôles, et gentils…en toute légitimité, évidemment!

J’aurais aimé qu’on me dise combien j’allais rire, et sourire. Pour les faire sourire d’abord, pour les amuser, les divertir, les éveiller. Puis parce qu’ils me feraient rire ensuite. Parce qu’ils seront drôles. Parce qu’ils seront émouvants. Parce qu’ils seront beaux. Parce qu’ils rient. Parce qu’ils s’aiment. Parce qu’on les aime.

J’aurais aimé savoir que j’allais être prête à tout pour eux. À souffrir pour qu’ils ne souffrent pas, à perdre ma vie pour qu’ils gardent la leur, à battre des montagnes, à retourner le monde, pour eux. J’aurais aimé qu’on m’explique que leur seul sourire pourrait me donner la force de mener un combat que je pensais perdu d’avance.

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« Derrière chaque enfant qui croit en lui-même
se cache un parent qui a d’abord cru en lui.  »

Auteur Inconnu

Ce que j’aurais aimé qu’on me dise…

Quand on parle grossesse, maternité, éducation, on parle de l’amour, de la tendresse, du bonheur, de l’apaisement, des sourires, et des rires qu’on partage. On ne parle pas assez, du reste…c’est peut-être ça qui rend les choses si compliquées, se sentir seule devant l’insurmontable.

À toi, Lire la suite de « Ce que j’aurais aimé qu’on me dise… »